Hommage aux mères célibataires

Hommage aux mères célibataires

Malgré le titre de cet article, il ne s’adresse pas seulement aux femmes, ni aux mères, ni aux célibataires. Il est à destination de tous ceux, hommes ou femmes, qui ont fait le choix, à un moment donné, de mettre leur vie entre parenthèses pour s’occuper d’un proche suite à une maladie, un handicap ou un accident de la vie. Parent, grand parent, enfant, frère ou sœur, ami, voisin…

Le titre est lié à mon histoire personnelle, et aux deux femmes qui m’ont inspiré cette réflexion, toutes les deux mères de plusieurs enfants, et qu’elles ont élevées seules. Je connais l’une d’entre elles depuis presque quinze ans, c’est une amie, et j’ai rencontré la deuxième brièvement il y a quelques jours. C’est la soudaine prise de conscience des similitudes de leurs situations, et du lien avec une expérience que j’ai vécue personnellement qui me conduisent à partager ce qui suit avec vous. Mais dès le départ de l’écriture, et au fur et à mesure que les mots se présentaient, il est devenu évident que tout cela s’applique à bien d’autres situations, et d’autres personnes.

Lorsque je parle de s’occuper d’un proche, je ne parle pas ici du soutien « ponctuel », qui consiste à s’occuper d’un enfant en bonne santé en l’emmenant à l’école, ou accompagner ses parents vieillissants une fois par semaine faire les courses ou chez le médecin, même s’il peut y avoir des similitudes. Je ne suis pas non plus là pour donner mon avis sur la reconnaissance légale du statut d’aidant familial, d’autres sont beaucoup plus qualifiés pour le faire. Ce que je souhaite apporter, c’est un regard sur soi. Pourquoi certains font le choix de le faire, parfois douloureusement, et d’autres non, et quels sont les mots qui peuvent les aider à mieux vivre ces situations.

Aujourd’hui je veux vous parler de la force d’âme des personnes qui choisissent d’accompagner une personne vulnérable de leur entourage, par un investissement lourd et long, émotionnellement et temporellement. Un choix qui vous conduit à mettre de côté vos préoccupations personnelles, envies, plaisirs, loisirs, pour vous concentrer sur cette tâche immense qui consiste à s’occuper d’une autre personne comme de soi, parce qu’elle est dans l’incapacité de le faire elle-même.

Certains n’auront pas pu (su) dire non à une demande. D’autres diront que ce n’était pas un choix, qu’ils ne pouvaient pas faire autrement.

A tous j’aimerai dire que vous avez fait un choix. Le beau et difficile choix d’avoir confiance dans votre force. De porter jour après jour la vie et les espoirs de quelqu’un d’autre. De mettre les vôtres de côté.

C’est un pari sur vous-mêmes dont la récompense, tant attendue, est le départ de la personne aimée. Un enfant qui a fini ses études et qui commence sa vie d’adulte, un frère qui se marie, mais aussi le décès d’un parent. Paradoxalement, cette récompense, qui montre au monde entier que vous avez fait votre travail, celui sur lequel vous vous étiez engagé(e), que vous avez tenu bon sur cette route, malgré les aléas climatiques, les imprévus et les découragements, cette récompense donc, est souvent aussi pour vous un abandon.

Car cette personne, qui occupait une grande part de votre vie, laisse un vide immense en quittant le nid. Partagé(e) entre la joie de la voir partir et un sentiment d’abandon, vous ne savez plus qui vous êtes. Etre mère célibataire, c’est mettre vingt ans de sa vie de côté, parfois moins, souvent plus. Soyez doux(-ce) avec vous-même. Se retrouver seul(e), presque du jour au lendemain, même si on a l’impression de s’y être préparé(e), ce n’est pas facile. Regardez la belle personne qui part de chez vous, et mesurez le chemin accompli depuis son arrivée.

Tout l’amour que vous avez donné est là, dans ces ailes qui la porte loin de vous. Soyer fier(e), d’elle et de vous.

Reconnaissez votre belle force qui vous a permis d’arriver jusqu’ici, et acceptez qu’un temps de transition soit nécessaire. Pour reprendre des forces. Pour reconstituer cette énergie vitale qui vous porte et vous permet de déplacer les montagnes lorsque c’est nécessaire. Pour changer de regard aussi sur ce vide si poignant qui vous opprime la poitrine parfois. Observez-le. Accueillez les émotions qui sont là. Elles sont les vôtres, et elles sont précieuses. Mais ne les laissez pas occuper l’espace. Cet espace libre, il est à vous. C’est une grande pièce aux murs blancs, que vous allez prendre le temps d’aménager à votre goût.

Bien sûr, après des années à mettre de côté vos désirs, il vous faudra un peu de temps pour vous redécouvrir. Vous avez changé, vous aussi, durant ces années. Vous avez appris des choses sur vous, expérimenté, découvert. Soyez patient(e) avec vous-même comme vous savez l’être avec les autres. Testez, essayez, recommencez, changez d’avis… Ne vous laissez pas enfermer dans des choix obsolètes qui ne vous correspondent plus. Vous avez de l’espace ? Profitez-en ! Respirez à pleins poumons, écoutez votre inspiration, agissez spontanément, redécouvrez votre joie. Les petites choses qui allègent votre quotidien. Les grandes choses qui vous motivent. Donnez-vous du temps. Vous en avez tellement donné aux autres, celui-ci est le vôtre.

Si vous êtes face à ce choix aujourd’hui, face à la détresse d’un proche, et que vous vous posez la question, pensez à tout cela.

Soyez honnête envers vous-même, pour que la décision que vous prendrez ne soit pas un enfermement pour vous, mais un cadeau que vous faites à l’autre.

Un cadeau léger et en conscience. Ne lui faites pas porter le poids de votre culpabilité. Il est parfois difficile de dire non, et cela implique de chercher une autre solution, mais parfois c’est salutaire, pour tout le monde. Savoir reconnaître sa force, c’est aussi savoir quand le poids à porter est trop lourd. Soyez juste avec vous-même, regardez VOTRE vérité en face. Pas celle de la société, des convenances ou des peurs. La vôtre. Celle qui vous portera dans les années à venir, et celle qui vous restera, au bout de cet accompagnement. Celle qui vous permettra de reprendre pied dans cet espace à reconstruire, après l’envol.

Gardez aussi la souplesse de pouvoir changer d’avis. Si vous n’êtes pas sûr(e) de tenir le choc sur le long terme, mais que vous ne voyez pas d’autre solution, accueillez cette situation temporaire et dites le. Que les choses soient claires. Que vous essayez et que vous ne savez pas encore quel en sera le résultat. Vivez les choses au jour le jour, et si ça devient trop lourd, cherchez une autre solution. Acceptez de ne pas avoir assez de force pour ça. Ça ne veut pas dire que vous êtes faible, mais que votre force n’est pas adaptée à la situation. Mettez un ours devant un ravin. Malgré toute sa bonne volonté, il n’arrivera jamais de l’autre côté comme la pie, mais il a d’autres qualités.

Ce choix est important. Plus qu’on ne le pense. Car prendre une décision à contre cœur est le début d’une pile. Une pile de rancœurs qu’on cache profondément, mais qui n’en finit pas de s’étendre. Car lorsqu’on décide d’agir contre soi même, en ayant l’impression qu’on est enfermé dans une situation sans issue, on fait les choses « pour les autres » et on leur en fait porter le poids.

Mais c’est une illusion. J’agis toujours pour moi. Dans n’importe quelle situation. Je fais un choix avec les éléments en ma possession. En fonction de ma vision du moment. De ce que je peux accepter de voir. Il est très inconfortable de se regarder et de se dire je ne peux pas le faire. C’est une montagne infranchissable parfois. Mais lorsqu’on la regarde de plus près, on se rend compte qu’il y a un sentier qui passe. Car cette montagne infranchissable, c’est moi qui n’ai pas voulu la franchir. A ce moment là, il était plus facile de rester de ce côté que de passer de l’autre.

J’avais moins peur de m’enfermer que d’oser dire au monde qui je suis.

Cela aussi c’est une vérité. Dire je suis un ours dans un monde de volatiles peut paraître compliqué, parfois trop. Mais le reconnaître est essentiel pour remplir l’espace, lorsqu’il se libère, avec des activités d’ours, et ne pas se laisser enfermer dans des activités de pie qui ne sont pas pour moi…

 

Crédit photo : Pixabay, montage Sandrine Besson, Yllaé

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