Pourquoi le pouvoir de l’argent pervertit l’humanité

Pourquoi le pouvoir de l’argent pervertit l’humanité

J’ai vécu depuis des années plusieurs expériences dont j’ai compris le sens profond seulement aujourd’hui, après une nouvelle situation où je me suis sentie mal à l’aise, décalée par rapport à ce qui m’entourait. Ces situations répétitives pour moi se produisent en général lorsque je me retrouve dans un lieu très fréquenté, et où diverses incivilités et comportements me semblent contraires au bien être collectif et à l’humanité la plus simple.

Ça a souvent été le cas, et pendant des années, j’ai eu l’impression de ne pas avoir le mode d’emploi de cette vie terrestre. Hors aujourd’hui, avec le chemin que j’ai parcouru, je me rends compte que le problème n’est pas la vie sur Terre, mais ce que les hommes en ont fait.

Début de l’histoire. La nature fournit tout ce dont nous avons besoin pour vivre. De quoi manger et boire. De quoi nous abriter des intempéries. Et de quoi apprendre en observant ce qui se passe autour de nous.

Aujourd’hui, nous sommes à la fin de l’histoire. J’achète de quoi manger et boire. Je paie un loyer ou un emprunt pour habiter quelque part, ou quelqu’un le paie pour moi. Je dois même payer pour me déplacer ou changer de pays. Je paie aussi pour mes loisirs : un téléphone pour parler à quelqu’un d’autre, une entrée (au zoo, au ciné, au musée…) pour découvrir autre chose. Je paie pour remplir ma maison de choses, et je paie à nouveau quand je les jette…

Ce que cette histoire nous apprend, c’est qu’un jour quelqu’un a décidé de s’approprier un morceau de nature ou de terre, mis gratuitement à sa disposition, sous prétexte qu’il était le plus fort ou le premier sur place. Et qu’à partir de là, tout a dégénéré.

L’eau se paie. L’air aussi. Vous avez l’impression de respirer gratuitement ? Regardez bien la composition de l’air que vous respirez. Si vous ne le payez pas (encore) directement en espèces sonnantes et trébuchantes, c’est à la fois parce que la monnaie virtuelle arrive, et parce que dans ce domaine, les paiements « en nature » (votre santé, votre bien être…) sont encore acceptés, tous ces domaines pour lesquels vous dépensez des fortunes…

Le soleil ? Encore plus. Car il ne vaut que si sa valeur est renforcée par le fait d’être en congés et si possible au moins au bord de la mer, voire à l’étranger. Entendez-vous toutes ces remarques sur ce « soleil éclatant » d’un lundi matin au bureau ou à l’usine ? Plutôt que d’en profiter au mieux, on se désole qu’il ne soit pas au rendez-vous du week-end…

Car l’argent vous rend exigeant. Cet argent si durement gagné, à la sueur de votre front (ou de celui des autres d’ailleurs), vous devez le dépenser à bon escient. Ce que vous achetez doit être valorisant, d’abord aux yeux des autres, pour le devenir aux vôtres. Hors de question de payer un voyage pour revenir en disant « il a fait mauvais, on a mal dormi, les visites étaient trop rapides… ». Non. Cela n’est pas envisageable. Donc sur place, quelle que soit l’activité, dès l’instant où vous avez payé, vous devez en profiter. Dès lors, fini la courtoisie et l’amabilité dans les files d’attente, vous devez être le mieux placé, ne louper aucune seconde du spectacle, tout voir, et surtout tout immortaliser avec votre téléphone, pour prouver aux autres (et à vous-même), tout ce que cet argent durement gagné vous rapporte.

Car il est inenvisageable, inconcevable et insupportable d’être enchaîné à un travail sans joie pour avoir de l’argent si cet argent ne vous donne pas de joie…

Commencez-vous à voir l’illusion et la complexité de ce raisonnement ? Nous sommes lundi midi, et il fait un soleil radieux. Option 1, je décide de manger un sandwich, dans le parc ou sur un parking, et de profiter de ces quelques minutes de bonheur simple, et gratuites. Option 2, j’ai du travail en retard, et je dois travailler dur pour mériter mon salaire. Je mange sur le pouce, au bureau, en attendant les prochaines vacances où je pourrai me payer un voyage au soleil.

Quelle valeur a l’argent ? Aucune. C’est un parasite qui subsiste par l’illusion parfaite que nous avons tous besoin de lui. Mais rien n’est plus faux. Si j’ai soif, je n’ai pas besoin d’argent, j’ai besoin d’eau. L’argent crée une distance et une dualité entre les choses et les êtres.

Avant le règne de l’argent, la valeur donnée aux choses était concrète. J’échangeais ce que je savais faire contre ce dont j’avais besoin. Un repas contre une chanson. Un voyage contre un manteau. Un coup de main pour monter un mur contre un coup de main pour faucher un champ. L’argent a perverti cela. Car pour se créer une place qui n’existait pas, il a donné des valeurs aux choses, des valeurs illusoires, inconsistantes, fictives. Que m’importe d’avoir 3 paquets de nouilles pour le prix de 2  s’il m’en faut 1 seul ? Ce qui compte, c’est ce dont j’ai besoin, et pas combien je pourrai en avoir au maximum !

Dans notre monde malade de l’argent, des tentatives voient le jour régulièrement. On revient au troc, on cherche une autre solution quand on se rend compte du problème. Mais pour l’instant, rien qui ait réussi à supplanter le pouvoir de l’argent.

Certains vous diront qu’il est trop bien implanté, moi je dirai plutôt que les solutions ne sont pas assez radicales.

Le véritable changement verra le jour quand les échanges auront lieu sur la base du « je peux / je fais ». Sans attendre de contrepartie directe, ni de valeur établie.

Si j’ai soif, un verre d’eau aura plus de valeur qu’une voiture. Et si vous me donnez un verre d’eau, vous recevrez vous aussi l’aide dont vous aurez besoin. Peu importe de qui elle vient ou comment elle le fait, ce qui compte, c’est qu’elle soit là au moment où vous en avez besoin, ni plus, ni moins.

Mais alors comment faire ? Pas encore en fermant dès demain son compte bancaire, car le monde qui frémit et qui attend le changement n’est pas encore prêt à agir. Mais nous pouvons tous agir individuellement.

Agir sur nous-mêmes d’abord. Etre réalistes sur notre rapport à l’argent, sur la place qu’il prend dans notre vie. Avoir le courage de le regarder en face et de se dire que ce n’est pas de lui dont j’ai besoin. J’ai besoin de joie, d’amour, d’espoir… Reconnaître l’objectif réel derrière l’illusion d’avoir besoin d’argent pour changer notre manière d’agir. Je peux trouver de la joie sans argent, de l’espoir et de l’amour aussi. Rien que cette prise de conscience va changer les choses.

Retrouver la spontanéité de nos actions. Faire plaisir à quelqu’un, juste pour le plaisir de le faire, sans rien attendre en retour. Juste parce qu’on peut le faire.

Parfois, un tout petit geste de notre part aura de l’importance pour quelqu’un d’autre, un sourire peut changer une situation en un rien de temps…

 

Crédit photo : Pixabay

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